B : Lundi 23 : Nous prenons le thé du matin avec nos amis marins. Ils nous voient partir avec un peu d’envie car ils sont là dans leur désert face à la mer, 24 h sur 24 sans rien à faire, pendant 4 mois avant de rentrer chez eux pour 25 jours ; sauf que chez eux c’est à Fez, c'est-à-dire 1900 km plus au nord … !
Nous échangeons le volant assez fréquemment car la route est longue, monotone et rectiligne dans son univers de cailloux. Celui qui n’est pas de quart en profite souvent pour faire une petite sieste, couché sur les coussins derrière… D’un seul coup, le désert devient tout mauve : il est littéralement recouvert d’immortelles qui ondulent sous le vent. Fafa en fait une grande brassée pour les bouquets de l’hiver prochain
. En parlant de vent, il souffle très fort et presque de face ; Totoy a quelques difficultés pour avancer. Du coup il consomme dur : 20 litres aux 100 ! Heureusement que le gas-oil est détaxé ici et ne coute que 35 centimes d’Euro, alors on lui pardonne, d’autant que les silent-blocs ont l’air de tenir, et ça, c’était notre grosse inquiétude. Nous arrivons jusqu’à l’immense plage de Laayoune et nous nous installons sur un vaste parking face à la mer. Nous passons la soirée dans le camion aménagé de Pepe et Claude, la soixantaine, originaires de Durban dans l’Aude, intellos-artisans, écolos anarco-contestataires, trente ans de voyages au Maroc en camion … Café bio, confitures maison, petits gâteaux marocains agrémentent une rencontre étonnante… nous irons les voir dans les Corbières.
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B : Mardi 24 :
Laayoune, banque, courses et bien entendu cyber pour le blog mais aussi pour les mails, et là, le grand bonheur d’apprendre que ma fille Marie vient passer l’année sabbatique de Vincent en France avec bien entendu aussi le petit (ou la petite ?) né(e) entre-temps !!! FANTASTIQUE !!! J’en suis tout chamboulé et laisse le volant à Fafa pour poursuivre notre remontée vers le Nord, seulement ponctuée de quelques traversées de chameaux, toujours bien entendu au ras du capot de la voiture, de belles ouvertures sur la mer blanchie par le vent lorsque l’on longe les côtes, de mirages que l’on s’arrête même photographier pour savoir si ils sont vrais ou faux, la routine quoi. Nous nous arrêtons après Tan Tan dans ce que nous croyons être un campement aménagé dans un vieux ksar et qui s’avère être un hôtel grand luxe, copie de ksar avec piscine, en plein désert, créé de toutes pièces par un ancien chef étoilé biarrot, pour riche clientèle voulant se donner des airs de baroudeurs du désert en 4x4 climatisé. Sur le parking à l’arrière, il a aménagé pour les quatrequatreux de notre genre une aire de stationnement bien équipée, mais surtout, nous avons accès à une douche chaude... Nous préférerons quand même manger sur notre parking ; même si les tarifs pratiqués sont très honnêtes, nous n’avons pas très envie de rencontrer la dizaine d’américains clients ce soir là..
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B : Mercredi 25 : Lever aux aurores et petite ballade en solitaire dans la montagne. Après le petit dej nous ne résistons pas au plaisir de reprendre une douche avant de partir… Quel luxe ! Nous sommes sages et abandonnons l’idée de remonter par « la plage blanche » ou les pistes que j’aurais bien aimé prendre pour aller vers l’Anti-Atlas. Il faut dire que nous recherchons maintenant avant tout la tranquillité physique et d’esprit, à la fin de ce voyage qui aura quand même été long et pas toujours très reposant… Nous partons donc sur le goudron vers Tiznit, abandonnant le désert et attaquant les pentes des derniers contreforts atlantiques de l’Anti Atlas. Et là, à mesure que nous montons, l’émerveillement absolu, la montagne
d’habitude si aride dans cette région, est recouverte d’herbe à en être verte, des fleurs de toutes les couleurs colorent des immensités en jaune, blanc, mauve, les arganiers, d’habitude un peu tristes, arborent un vert sombre et lustré, les blés magnifiques vont bientôt virer au doré... Il faut dire qu’il a beaucoup plu dans la région cet hiver et de nouveau pendant tout le mois de mars. Il paraît que cela fait 30 ans que cela n’était pas arrivé ! Nous nous arrêtons déjeuner dans un champ de soucis et de coquelicots, les merles sifflent le printemps …. Nous sommes fous de joie, nous respirons à grandes bouffées cet air frais que nous avions oublié, nous nous roulerions presque dans l’herbe s’il n’y avait pas les chardons et autres picous. Nous prenons la route vers Tafraoute et nous nous arrêtons bivouaquer en pleine montagne dans cette féérie de vert, de fleurs et de chants d’oiseaux. L’Afrique c’est beau, mais par ici ce n’est pas mal non plus…Que dirons-nous en arrivant à Itxassou ?
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B : Jeudi 26 : Petit dej en haut de notre col face aux montagnes dans un concert de merles rendus très certainement fous amoureux par cette belle journée de printemps qui s’annonce. Nous arrivons à Tafraoute lovée dans une dépression au cœur d’un chaos impressionnant d’énormes blocs de granite rose surplombant souvent de façon inquiétante les habitations noyées dans la verdure des palmiers dattiers. Etonnant mélange d’ambiance de sud marocain et d’environnement de montagne, nous sommes quand même à plus de 1200 mètres d’altitude.
Nous trainons dans les rues calmes, faisons quelque courses et prenons un grand jus d’oranges pressées en guise d’apéro. Déjeuner dans l’herbe à l’ombre d’un arganier chargé de fruits dans un décor inimaginable pour qui ne l’a jamais vu : un immense tapis de fleurs jaunes, mauves, blanches…recouvre les fossés, les bordures, des champs entiers.
A certains endroits c’est toute la montagne qui se pare de ces couleurs à en devenir même irréelle. Longue sieste à l’ombre, la rando prévue est compromise… Ces étapes marocaines agissent sur nous comme un sas de décompression entre notre bourlingue en Afrique noire et notre retour à Itxassou. Nous repartons à la découverte de ces vallées endormies. Les villages se succèdent au pied des parois avec leur empilement d’énormes maisons cubiques toutes peintes du même rose « vieille gaine ». Les fenêtres, nombreuses mais petites, sont dissimulées derrière de lourdes mais très élégantes ferronneries admirablement agencées sans soudure. La plupart du temps elles sont en plus closes par des volets intérieurs… Aucune activité visible, aucun bruit, seuls quelques vieux déambulent difficilement, à croire que toute la population a déserté ces villages qui pourraient pourtant être pimpants et gais. Nous visitons même un petit village où nous ne rencontrerons absolument personne. Les femmes sont drapées de noir et se cachent le visage en tenant le coin de leur foulard de la main, les quelques petites filles croisées subissent les mêmes règles dès le plus jeune âge. Mais ce qui frappe surtout, c’est l’immense tristesse de tous, même les chiens sur le bord de la route ont l’air abattu !! C’est très beau mais très triste ; où sont les éclats de rire et grands bonjours des petits africains ? Nous poursuivons notre route vers Marrakech pour bivouaquer, toujours dans l’Anti-Atlas, mais cette fois sur un haut plateau entouré de pitons rocheux majestueux.
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B : Vendredi 27 : Nous descendons sur ce versant exposé au nord moins riche et moins gai que celui de Tafraoute. Nous tombons sous le charme d’une kasbah du XII°, perchée sur son piton rocheux planté au milieu d’un haut plateau ceint de montagne. Elle est encore habitée par 3 familles (sur les 24 d’origine) et magnifiquement restaurée. L’un des habitants nous
explique que nous sommes dans la région de plus grande émigration de tout le Maroc, ce qui explique ce vide que nous ressentons depuis hier. Nous descendons dans la plaine d’Agadir et décidons de nous offrir un bon petit restau marocain à Taroudant bien calme à l’heure de la grande prière du vendredi. Vient maintenant le morceau de bravoure de cette route marocaine, la traversée de l’Atlas par le col de Tizi-n-Test et ses 160 km de route de montagne jusqu’à Marrakech. On ne pourra pas dire que l’on n’a pas été prévenu : au pied du col un immense panneau en béton de trois mètres de haut barré d’un grand Z et annonçant : « Virages sur 120 km ». La route en lacets est effectivement impressionnante sur les 40 premiers kilomètres : précipices, à pics écrasés par les sommets enneigés culminant entre 3000 et 4000 m. A 300 mètres du col (à 2100 mètres quand même) une explosion suivie d’un énorme gargouillis à l’arrière de la voiture ; Fafa se précipite sur le tuyau d’aération du réservoir à eau qui, avec le changement de pression du à l’altitude, s’est transformé en geyser arrosant copieusement notre lit de ce soir… Nous redescendons face au Toubkal de Fafa qui se cache dans les nuages par une vallée ou les maisons au toit en terrasse de terre composent de gros millefeuilles de la couleur de la terre : lie de vin. Bien que semblant plus pauvre, la région vit, les enfants et les femmes qui ramassent l’herbe nous disent bonjour, les terrasses d’amandiers et de blé sont toutes cultivées. Nous nous posons dans le creux d’un vallon, auprès d’un joli village que nous irons arpenter demain. Bizarre, il pleut, c’est la première fois depuis que nous sommes partis…
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B : Samedi 28 : Le ciel est plombé mais de belles éclaircies trouent les nuages et nous autorisent une belle escapade dans les hameaux voisins accrochés à la montagne. Un chien sympa nous accompagne et son propriétaire nous le propose en cadeau mais Fafa reste inflexible : « C’est lui ou moi ! ». D’accord, message compris. Alors que nous reprenons la voiture il se met à pleuvoir et le torrent dans le fond charrie un fleuve de chocolat fondu… Samedi, c’est le souk hebdomadaire à Esni ; nous laissons passer une trombe d’eau et de grêle mélangées et allons patauger gaiement dans la boue dégorgeant de partout au milieu des étals. Nous faisons une grande provision d’oranges, patates, oignons, petits pois, poivrons pour 2,5 €uros ! Tajine et brochettes avec les paysans au bouiboui du coin et nous replongeons nous réchauffer dans la voiture. Nous sommes encore à 1100 mètres, il doit faire 12°, le brouillard menace juste au dessus de nos têtes et le ciel est noir. Nous renonçons à passer dans la vallée de l’Ourika pour aller y crapahuter demain. Seule destination possible donc Marrakech où nous devrons attendre jusqu’à lundi car nous avons décidé d’offrir à Totoy une bonne révision chez un petit mécano que l’on nous a recommandé à Bamako ! Je vous passe la place Jemma el Fna et autres souks visités en vitesse juste pour dire que nous y sommes allés. Camping en périphérie au milieu des orangers en fleurs. Il va falloir trouver un programme pour demain…
Nota : Pour Doudoune, j'ai rajouté des photos de cairns prises au retour, dans le billet qui leur était consacré. Il y a les mêmes au Mondarrain...!