B : Mardi 10 mars : 5 heure du mat les centaines de muezzines crient, gueulent, s’époumonent (mais ne chantent sûrement pas …) les sourates de la prière du matin pendant près d’une heure ; Fafa peste contre cet abus de pouvoir et déclare qu’il faudrait les arrêter pour tapage nocturne. Nous en profitons pour partir tôt, une longue étape nous attend. Nous traversons Bamako et sa lourde chape de pollution dans les énormes embouteillages du matin. Dernier coup d’œil au fleuve Niger, ce soir, si tout va bien nous serons près du fleuve Sénégal, « Inch’Allah ». La nouvelle route vers le Mali, tracée il y a peu au milieu de nulle part n’a absolument aucun intérêt, pas un village, pas un quidam,
juste des épineux et de temps en temps quelques baobabs. Il fait de plus en plus chaud et nous roulons enturbannés dans nos chèches et foulards humidifiés en permanence.
Il faut dire que nous traversons la région la plus chaude d’Afrique de l’Ouest avec une moyenne des maximales de 45°C pour le mois de mars !...Arrêt pour déjeuner dans une gargote d’un riz au poisson (venu d’où ?) assez douteux et retour à nos baobabs. Nous finissons quand même par arriver à Kayes après plus de 600 kilomètres qui finalement se sont bien passés. Nous décidons de repartir passer la nuit au près de nos chutes de Félou qui nous avaient tant plu à l’aller. Nous en profitons pour dire bonjour à nos guides et leur demander des nouvelles de notre téléphone Thuraya. Bien entendu pas de trace… Nous apprécions à leur juste valeur les bains répétés dans le Sénégal, repas rapide et dodo, les portes grandes ouvertes sur le spectacle des chutes.
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B : Mercredi 11 : Beaucoup moins de gamins avec leurs vélos autour du camion qu’il y a un mois, tiens tiens, la leçon aurait’ elle porté ? Ils sont tous au courant pour le téléphone et j’insiste lourdement en leur disant qu’ils auront une grosse récompense si le téléphone est remis au professeur. Je n’aime pas beaucoup la délation et n’y crois pas trop, mais nous aurons tout essayé… Banque et courses à Kayes, passage de la frontière sans problème et retour dans cette région du Sénégal en proie aujourd’hui à une grande excitation car le président Abdoulaye Wade est en visite dans le coin, et au cas où il viendrait par là, on ne sait jamais… alors les plus beaux boubous sont sortis, les chaises barrent la route, les sonos installées …
La route n’est guère plus excitante et fraiche que la veille. A notre arrêt de midi sous le seul arbre offrant une ombre correcte, toute la population des cases voisines rapplique au point que nous ne pouvons plus bouger. Les pates cuites nous fuyons…
Nous parvenons quand même à Kolda et les premiers cocotiers de Casamance bordent les premières flaques d’eau. Nous demandons au vieux chef d’un petit village l’autorisation de bivouaquer à côté des jardins que les femmes arrosent avec bonne humeur. Quelques moustiques mais première nuit « tempérée » depuis longtemps !
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B : Jeudi 12 : Le guide nous annonce que la route pourtant nationale entre Kolda et Ziguinchor est qualifiée « d’enfer des automobilistes » pour ses nids de poule. Comme un peu auparavant un goudron magnifique venait d’être posé sur quelques kilomètres, nous nous disons que la route a du être arrangée et nous y allons quand même. Mal nous en prend. Ce sont de véritables fondrières, tous les mètres, sur toute la largeur… j’essaie tout : deux roues dans le fossé, deux roues sur le talus … nous ne voyons plus aucune voiture, les villages sont à peine ravitaillés par quelques taxi-brousse qui facturent aux villageois 4 fois le tarif ! Nous plaisantons avec des vieux en leur demandant si nous ne serions pas passés par hasard en Guinée Bissau toute proche ! Sur le plus mauvais tronçon nous mettons 1h1/2 pour faire 25 kms. La station service ayant bien entendu fait faillite nous devons acheter du gas-oil au bidon sur le bord de la route. Dommage car la route est magnifique, les cocotiers bordent les grandes lagunes de la rivière Casamance, les fromagers, frangipaniers rivalisent d’audace et de beauté, les villages aux grandes cases se succèdent, les enfants se baignent en faisant les fous, l’air devient frais, premiers bougainvillées, vols de grues au ras de nos têtes…
Nous finissons par arriver à Ziginchor en totale décrépitude malgré le tourisme actif dans cette région. La route du cap se faufile maintenant entre les bras de la Casamance et son paysage de mangrove alternant avec de belles forêts tropicales.
Barrage routier d’une cinquantaine de femmes nous demandant de l’argent en échange de prières pour nous protéger d’accidents de la route … Fin de non recevoir ! Arrêt à Oussouye pour quelques courses, achat de deux énormes soles à 1,5 € le kilo ! Il faut dire que les musulmans ne mangent pas les poissons plats (ils sont plats car Allah leur a marché dessus afin de les reconnaître) A nous les soles, Saint Pierre et autres turbots… Nous verrons plus tard pour la langouste…
Le Cap Skiring et ses boutiques à toubabs du Club Med mais surtout la mer et promenade sur la plage au soleil couchant. Le bain sera pour demain car il fait déjà un peu frais … et oui, cela nous change… Bivouac et soles frites face à l’océan, je n’en dis pas plus …
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F : Vendredi 13 : grand projet pour la journée : plage ! Oui mais pas n’importe laquelle : il ne nous faut pas trop de vent, zéro « Toubabs » à l’horizon, et puis pouvoir garer la voiture à proximité, pour le petit coup d’œil … bref : la perle rare ! Ca doit bien exister par ici ! Après on se pose et on ne bouge plus de la journée. Nous commençons notre prospection : là c’est vraiment du sable profond … on va voir à pied … bof ! allez on ne se dégonfle pas, tentons le passage : effectivement y a l’océan au bout …et tout et tout…à part qu’on n’est pas du tout sûr de pouvoir remonter la pente .Pour l’instant on se baigne ! on verra après pour le reste… sauf qu’on est en Afrique et qu’un gars surgi de nulle part vient nous saluer, de fil en aiguille, nous sympathisons, il s’appelle EDOUARD ; nous lui offrons de partager notre repas ; il nous propose de le ramener chez lui en passant sur la plage avec le 4X4 c’est pas loin, 6 Km il faut juste attendre que la marée soit assez basse. C’est effectivement super de rouler ainsi dans ce beau décor ; mais nous arrivons ; nous quittons la plage ; il faut maintenant passer la dune, pas énorme mais le sable est profond et il doit pas y avoir beaucoup de passage ici . … Nous lançons le moteur à fond et … sommes bientôt arrêtés … par un gendarme en uniforme au milieu de la dune ! P… ! C’est pas vrai ! il veut quoi celui-là ? …qu’on le dépanne ! : la voiture des gendarme est à quelques mètres ensablée jusqu’aux essieux ! Bernard en pro s’agite, sort les plaques, dégonfle les pneus… le chef des gendarmes stoïque attend les bras croisés…Bernard, après avoir sorti la voiture, enfonce le clou et donne les leçons de base aux gendarmes un peu déconfits : « vos pneus ne sont pas adaptés au sable, en plus il y a un qui était beaucoup trop gonflé ,et un autre qui est lisse, c’est très dangereux de rouler comme ca ! et en plus votre crabot ne fonctionne pas comme il faut … ».
Nous repartons enfin très fiers de notre mise en scène !
Edouard, nous fait visiter son village, nous présente sa famille et son dernier né SYLVESTRE d’à peine une semaines
, nous donne deux belles salades de son jardin et nous trouve un beau terrain pour bivouaquer. … Il nous propose de nous garder un terrain pour notre retraite et construire une case !...Il faut dire qu’ici le front côtier subit une nouvelle colonisation par des blancs de tous poils (Français, Belges, Hollandais…) qui achètent et construisent à moindre frais maisons individuelles ou hôtel, quand c’est pas les deux. Beaucoup sont bedonnants et grisonnants ; nous avons vu aussi beaucoup de couples mixtes (en couleur: blanc /noir et en âge : vieux/jeune ; le plus souvent les deux se cumulant : un gros bedon sur des gambettes roses crevette, surmonté d’une tête rougeaude avec un bob au bras d’une jeune beauté à la peau d’ébène !)…)
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F : Samedi 14 : pour la première fois, nous ouvrons les yeux avec un ciel tout gris, mais 2 heures après c’est de nouveau plein soleil. nous ne résistons pas à un nouveau bain dans l’océan ; c’est vraiment génial ces grandes plages et pas un chat, seulement des vaches qui viennent là pour ruminer. Je fais une longue promenade les pieds dans l’eau, je me baisse mille fois pour ramasser un coquillage ou un caillou en me faisant mille fois la même réflexion : « bon, celui-là je le garde, il est vraiment trop beau et unique, je verrai après si je garde les autres…. Bernard s’inquiète en ne me voyant revenir que deux heures après.
Petites courses sur le marché, passage à la gendarmerie voir nos "copains" et surtout leur demander l'autorisation de faire le plein du réservoir d'eau... On aura tout vu ...puis nous quittons la côte et explorons les villages aux alentours (Elinkine, Oussouye …) Ici aussi les toits de tôles ont remplacé le chaume, les petites pistes louvoyant entre les arbres, dont Bernard avait le souvenir , par de larges pistes dont les abords sont couverts de poussière, enlevant beaucoup de charme à l’ensemble ; mais évidement nos préoccupations esthétiques de touristes d’européens n’ont pas beaucoup de poids (quoique c’est cependant bien le tourisme qui fait vivre la région…) ; après les baobabs me voilà fascinée par les fromagers leur embase drapée dans de larges plis; l’imagination de la nature est décidément sans limite ;
ici le climat est remarquablement agréable et la nature très variée : successions de forêts, de mangrove , beaucoup d’oiseaux…nous passons la nuit dans le campement villageois d’ENAMPOR, qui a la particularité de posséder une grande case à impluvium, typique de la Casamance (avec encore un toit de chaume).
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Petit zapping : - ici nos ongles poussent 3 fois plus vite qu’en France
- après 2 mois passés de nomadisme, Bernard est barbu jusqu’aux yeux et ses cheveux s’entremêlent en de savantes arabesques dans le cou ; je suis sûre que Françine (sa maman) appréciera !) quand à moi j’ai décidé de ne plus me coiffer non plus : chaque fois que j’ai fait une tentative de coiffage, B. est parti dans de grands éclats de rire …
- nous ne lavons pas le camion : il se resalirait aussitôt, quand à nous…..
Allez bisous à tous ! à la prochaine !