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Notre voyage vers le bénin en passant (en principe) par le Maroc, la Mauritanie, le Sénégal, le Mali , le Burkina, le Niger et le Togo. Nos rencontres, nos émotions, notre vie au quotidien ...

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Sindou, le village de Thiémoko

Sindou, le village de Tiémoko,

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Le village de Sindou occupe dans le sud ouest du Burkina Faso une position très similaire à celle d’Itxassou en France. Imaginez seulement le Mali à la place de l’océan atlantique et la Côte d’Ivoire à la place de l’Espagne. A la place du Mondarrain vous mettez une chaîne de pics de grès rose, de 300 à 400 mètres de haut qui s’étale sur 5 km de long et 1 km de large, dressant un écran majestueux au dessus d’une végétation abondante. La région est en effet la plus verte du pays, grâce à ses pluies abondantes pendant l’hivernage (correspondant à notre été) et aux nombreux petits cours d’eau qui la traversent. On peut même faire souvent deux récoltes par an entre les céréales (mil, sorgho, maïs…), le riz, le coton, l’arachide, les pois de terre … Près de l’eau, de beaux mais petits jardins produisent des tomates, carottes, oignons, luzerne pour les animaux …Tout le travail est réalisé à la main, pas de tracteur, de charrue ou même de charrette car une épidémie a éradiqué les quelques animaux de la zone : ânes, zébus …Tout est donc porté en particulier sur la tête des femmes et des enfants (eau, bois, récoltes …) ou dans des équilibres précaires sur les cadres des vélos poussés par les hommes. Nous avons même vu un cochon de fort belle taille ficelé vivant sur le porte-bagages d’un vélo ! La richesse agricole principale du village reste cependant les mangues produites par des arbres immenses et parfois centenaires et surtout maintenant les noix de cajou dont la production est privilégiée car plus facile à réguler.

Sindou, chef lieu de canton, compte un peu plus de 5000 habitants et bénéficie à ce titre d’assez bonnes infrastructures : deux écoles, un petit hôpital, plusieurs forages équipés de pompes… Le chirurgien a été doté d’une splendide 2CV, très certainement la seule voiture privée du village, mais actuellement celle-ci est sur cales, avec semble t’il un problème de roues ou de pneus. Sindou a même été électrifié il y a peu, mais le transformateur a brulé au bout de trois mois et personne ne sait si le courant reviendra. Sindou s’enorgueillit aussi d’une église catholique administrée depuis 35 ans par le même prêtre allemand. Ce dernier a cependant quelques difficultés avec ses ouailles, car même si on compte officiellement 30% de catholique, 30% de musulmans et 30% d’animistes, en fait ils sont 100% animistes et monsieur le curé ne semble pas vouloir l’accepter …

Le village est organisé autour de trois grandes rues de latérite le long desquelles, et empiétant largement dessus, se développent tous les petits commerces possibles et inimaginables. Citons d’abord les activités ayant pignon sur rue et que l’on rencontre dans tous les villages au bord de la route : le vendeur d’essence en bouteilles de 1 litre, le réparateur de vélos et mobylettes, le boucher dibiterie qui fait aussi griller la viande, le «  restaurant », les 7 ou 8 vendeurs de cartes téléphonique et forfaits de portable, le coiffeur en plein air, le baby-foot municipal … Viennent ensuite toutes les vendeuses assises avec leurs enfants dans le dos et autour d’elles, chacune très spécialisée et proposant donc : des légumes présentés en petits tas de 50 F CFA chacun, des beignets, des frites de patate douce, de la salade, du charbon de bois, des arachides, noix de cajou, poissons grillés …Citons aussi les colporteurs de passage avec leurs vélos surchargés de pagnes, ustensiles de cuisine ou produits de beauté …le tout dans un joyeux brouhaha, pétarade de mobylettes, radios locales et cassettes à la sonorité fatiguée et saturée… Les seuls à être totalement insensibles à cette indescriptible agitation, sont les hommes pouvant passer des journées entières alanguis sur de grands canevas de bois polis par des décennies de sieste, à l’ombre des quelques arbres bordant la rue. Les rares vieux sont aussi rassemblés par petits groupes et semblent commenter le spectacle de la rue.

Derrière les trois grandes artères de latérite un inextricable fouillis de cases, cours, passages étroits occupe l’intégralité de l’espace. Ce sont les concessions d’habitations, toujours organisées de la même façon : autour d’une espace central plutôt circulaire s’ordonnent, la case carrée du chef de famille, les cases circulaires pour chacune de ses femmes et leurs enfants respectifs ainsi que leurs petits greniers également individuels. Dans un coin de la cour, un espace cuisine, composé de trois grosses boules de latérite pour le foyer, les ustensiles courants : une bassine, un mortier et son pilon, une bouilloire en plastique, la réserve d’eau (poterie semi-enterrée avec son couvercle), la réserve de bois. Les concessions les plus riches comprennent une case cuisine mais sans cheminée, la fumée s’échappant comme elle le peut au travers de la paille du toit. De temps en temps un paravent circulaire de paille tressée fait office de douche (avec un seau bien entendu). La cour est occupée par l’ensemble des habitants de la concession mais aussi par les poules et les poussins, par la dernière récolte de pois que l’on fait sécher, par la mobylette en cours de réparation …Bien entendu pas d’eau courante, il faut aller au puits avec de grandes bassines, aucun système d’égout, au mieux un trou dans le coin de la cour. Certaines concessions fermées (grand luxe) rejettent par un tuyau traversant le mur, leur égouts dans la rue. Le village ne bénéficie par ailleurs d’aucun système de ramassage des ordures, tout est jeté dans la rue puis de temps en temps rassemblé en tas qui seront disséminés dans les champs comme « engrais », sacs de plastique et piles de lampe de poche inclus bien entendu. On circule dans ces quartiers en passant d’une cour à l’autre, en ne manquant pas bien entendu de saluer à chaque fois les habitants des lieux que l’on rencontre, et en Afrique cela peut être long … : « Bonjour, ça va ? et la famille ça va ? et ta femme ça va ? et ta grand-mère ….. ». Atmosphère bon enfant, collégiale mais bien entendu sans aucune intimité possible.

Le village est divisé en cinq quartiers, qui chacun possède sa propre organisation et son griot. Pour résoudre les problèmes principaux, les femmes se réunissent dans le vestibule, grande case de paille ronde et largement ouverte, les hommes se regroupent simultanément sous l’arbre à palabre et le griot fait la navette entre les deux groupes pour essayer d’obtenir un compromis acceptable par tous. Bel exemple de démocratie !

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