F & B : Gros coup de gueule du jour : nous sommes très choqués tout au long des kilomètres, de voir le degré de pollution de cette région que nous parcourons. Ce sont essentiellement des plastiques qui jonchent littéralement le sol de tous les villages
et que l’on retrouve très loin à l’intérieur des terres, poussés par le vent jusqu’à ce qu’ils s’accrochent à un arbre ou un épineux. Ces images choquent d’autant plus que la nature ici est lisse, originelle, le sol de sable toujours net, comme balayé sous les quelques arbres épars de la brousse.
Le constat est réellement effarant, cette population sud sahélienne vit à proprement parler sur un tas d’immondices. Aucun effort de ramassage ou de brûlage ne semble être mené et ce constat, nous le faisons depuis le Maroc; nous pensions par ailleurs que ce phénomène était spécifique aux grandes villes mais force est de constater que tout le territoire est concerné. A Saint Louis du Sénégal nous avons même vu des employés municipaux venir vider leur charrette de détritus sur le bord du fleuve, au milieu des pêcheurs déchargeant les poissons…..
Alors, réflexe d’occidental riche, certainement quelque part, la pollution n’est évidemment pas le principal problème de ces populations, mais pourquoi tout ne commencerait’ il pas aussi par ce genre de réflexes ? Le deuxième pas pourrait alors être d’évacuer les charognes des bêtes sur les bords des routes tuées par les voitures (chèvres, ânes zébus et même chameaux…) et qui pourrissent parfois au milieu des villages.
La chose n’est pas simple … Claude Levi-Strauss (très à la mode ces temps-ci …) dit en parlant de l’indien et de l’ordure : « loin de le repousser, elle acquiert une sorte de statut domestique du seul fait d’avoir été exsudée, excrétée, piétinée et maniée par tant d’hommes. » A Chinguetti, quand on demande, pourtant à un guide touristique, si ces ordures qui jonchent cette ville sainte ne le gênent pas, il répond tout naturellement : elles font partie de la vie quotidienne au même titre et même plus que les arbres, puisqu’on les choisit, les achète, les utilise, alors pourquoi faudrait’il les détruire ou les cacher après ? Ici aussi les ordures ont réellement acquis un statut domestique.